Dans l’esprit Rock’n’roll. C’est avec cette idée que nous comptions partir jouer sur la côte Atlantique pour sortir de notre local de musique : dormir sur la plage, manger mais surtout boire en jouant dans les rue des grandes villes, mener une vie à l’arrache sans dépenser rien de plus que l’argent gracieusement donné par les touristes friqués…bref on prévoyait une seule chose : ne rien prévoir ! Mais il fallait évidemment se défaire de quelques détails : comment faire tenir 2 amplis, un retour de voie, une batterie(!!), une basse, une guitare, un pied de micro, pleins de câbles, une rallonge électrique 50m, 3 gars et leurs affaires personnelles dans une seule petite bagnole ?? et que le tout soit transportable par ces 3 mêmes bonhommes à travers une ville ?? Après maints essais, il s’est avéré qu’avec un seul retour de voix pour les grattes et le micro, tirée par une chariote, et avec une demi-batterie (entre autres un tome comme grosse caisse) dans un sac à Jumbé, il y aurait peut-être moyen….. La contrainte de l’électricité, pourtant indispensable à notre répertoire de « Rock de Rue », restait un gros souci, balayé par notre Esprit de l’Arrache…
Alors Ikebana est partit, comme ça, à l’aventure, vers son destin dénommé La Rochelle. (partit avec 2 heures de retard sur l’horaire prévue, une quinzaine de pause clope pour Mike, une douzaine de pause-pipi-binouze pour Mat, arrivé avec 4 heures de retard….ah bravo belle équipe !)
A partir de là, une description chronologique s’impose, sinon je vais m’embrouiller :
1er jour)
Mathieu, si tu n’avais pas fait ce pari imbécile dans la bagnole, tu n’aurais pas été obligé de plonger dans les eaux noirâtres et puantes du port de La Rochelle, devant tes potes qui se bidonnaient. Héhéhé Premier jour, première embrouille : une grosse tache sous la voiture. Le radiateur qui fuit. La crise. Impossible pour nous d’immobiliser la bagnole ! Bon on fera avec, le radiateur aura son ptit litron d’eau de bouteille par jour, ça devrait aller…snif… Bon bon on se motive, il est deja 20h, ce soir faut qu’on joue ! Au centre de La Rochelle : ambiance féérique, des artistes partout, un monde incroyable, le rêve. Recherche active d’une âme charitable pour de l’électricité : OK Emplacement musical : OK Motivation : OK Matériel : X game over Deuxieme embrouille : Mike, ce cher batteur, a laissé ses baguettes en Alsace…. Pas moyen d’attendre demain pour en achetter une paire. S’ensuit un honteux fouillage de poubelles alentoures, pour enfin trouver quelque chose qui ferait l’affaire : des cintres légèrement modifiées! Merci à toi, Esprit de l’Arrache. Montage du matos, le trac, un cercle de gens qui se forme pour ecouter à peine les cables débalés…et nos deux premières siks qui passent aussi vite que dans un rêve, fortement applaudies ! Troisième embrouille : un type s’amène pour râler, demandant qu’on aille plus loin car il se trouve entre nous et un accordéonniste et « ne peut pas travailler dans ces conditions »…Bon bon..Explications dans le micro, huées pour l’enfoiré de la part des gens qui attendaient la suite… Pour se déplacer un chtit peu plus loin, on a même eu l’aide de quelques jeunes qui apparemment aimaient le Rock… Quatrième embrouille : une nana s’amène pour nous demander d’attendre avant de jouer que le spectacle d’a coté se finissent. Bon faut la jouer fair-play, ils ont aussi besoin de sous… On aurait jamais dû ! 3 quarts d’heure d’attente interminable, il se fait presque minuit, les rues se vident, c’était presque plus la peine…Rageant !!! Moins d’une dizaine d’euros empochés…C’est pas avec ca qu’on va bouffer le lendemain ! C’est dans un champs qu’on a passé notre nuit, Mat et Seb a la belle étoile par l’action du Saint-Whisky, et Mike comme toujours a baver sur mes sièges de 306… Mike a toujours refusé de dormir dehors sur la couverture comme un warrior, on sait toujours pas pourquoi. C’est lui qui a passé le plus de temps à pioncer, un nombre incalculable d’heures de sommeil ! Il paraît meme que, à une heure avancée de la nuit au-dela de laquelle seules les vaches alentoures etaient encore à l’écoute, Mathieu a, par la grâce de l’alcool, improvisé une bonne demi-heure de poème dédié à sa Mère La Terre. J’aurais beaucoup aimé entendre ça….(Mathieu aussi)
2eme jour)
Premier réveil douloureux…Bordel j’ai oublié ma brosse à dent ! Mais si il y a un truc auquel on a pensé, c’est la ptite bouteille de gaze et la casserole pour se faire notre café le matin. Faut bien ça pour vivre à l’arrache ! Bon accessoirement la casserole peut aussi aider à se raser…Déconseillé… Besoin vital : se nourrir. Recette dite « De l’Arrache » : vous allez dans un supermarché Champion, vous achetez 2 sachets de riz, une sauce bolognaise, du jambon en tranches ; sur le parking, vous faites chauffer de l’eau avec une bouteille à gaz qui déconne en plein dans le vent marin ; 1h30 après ca devrait bouillir, vous mettez les sachets de riz 10 minutes comme indiqué ; après avoir percé les sachets et gouté, vous vous rendez compte que c’est pas cuit, vous refaites chauffer cette putain de flotte une bonne demi-heure pour qu’elle bouillisse a nouveau avec le riz ; pendant ce temps, vous coupez le jambon en petits morceaux avec un ustensile auquel personne n’a pensé : un couteau. Evidemment vous ne pensez plus au couteau suisse planqué au fond du coffre alors vous prenez le cutter rouillé qui lui donnera son goût si particuler. Vous laissez le jambon à l’air libre et accessible à tous les sédiments de macadam du parking qui veulent bien s’y coller, jusqu’à ce qu’on puisse mélanger le tout avec la sauce bolognaise. Vous vous apercevez maintenant que personne n’a pensé non plus aux cuillers, alors vous dégustez avec vos gobelets en plastique. Vaisselle dans les chiottes du Champion, qui porte bien son nom. Une recette certes originale, mais assurément bonne !! Après un si bon repas, visite des plages atlantiques. Enième embrouille : vous croyez peut-etre qu’on est des crades et qu’on pensait ne pas se laver toute une semaine. Il n’en est rien. On avait intelligemment prévu de se savonner à l’arrache grace aux douches de plage. Oui mais….c’était sans compter sur les restrictions de niveau 3 de cette région : douches coupées !!! CRISE !! Tous saleux, sableux et collants, on s’est résolu à chercher un emplacement du feu de Dieu pour notre représentation de ce soir…qui fut sûrement l’un des plus beaux de notre vie..
Cette nuit-là, quelque chose s’est produit. Quelque chose qui nous a donné envie de vivre de notre musique, d’ignorer les contraintes du Monde, de notre vie habituelle, pour s’immerger dans la Passion du Rock. Une rue animée c’est beau. Mais c’est magnifique quand on en est un acteur. Les gens écoutaient, applaudissaient, chantaient, certains couples, même, dansaient !
Nan mais regardez-moi ces jeunes bien-heureux, ayant gagné à la sueur de leurs instruments une cinquantaine d’Euros…Après ca, on est bien evidemment allés chercher notre dût en matière de bouteilles, pour fêter notre vraie première fois dans la rue. Et direction Royan, pour continuer en beauté. Sur le chemin, une station de lavage automatique de voitures attire notre regard. Est-ce que vous pensez la meme chose que nous ? Bon ok il est 2h du mat’, mais on est tout puants, faut nous comprendre ! Eh ouais on l’a fait, on a pris notre douche au carcher, preuves à l’appui :
Meme en mode Rincage, ca fait quand meme bien mal, c’est super froid, mais bon….(personnellement j’avais bien envie de vous faire essayer la haute pression ou le lustrage, les gars)
Arrivée à Royan, pionce sur la plage après de bons délires inracontables au cas ou ma mère lisait ça un jour par hasard, dont j’ai d’ailleurs oublié la majorité, on se demande pourquoi.
3eme jour)
Réveil très douloureux en fin de matinée parmi les vacanciers qui sont arrivés entre-temps sur la plage, surtout pour Mathieu qui en fait a pas dormi…S’ensuit un repas à l’Arrache, et un après-midi de repos bien mérité. Encore une embrouille le soir-même : on apprend que Royan est une ville de vieux, où l’on vient en famille, où l’ambiance de rue est proscrite. Un arrêté préfectoral interdit en effet les artistes où toutes sortes de mendiants non autorisés, sous peine d’une amende. Bordel ! On perd pas de temps, on file vers Lacanau, où se passera bientôt, paraît-il, le mondial de surf ! A partir de Royan, Mike nous fait rechercher le pont reliant Le Verdon. On découvre très tard que la carte n’indiquait pas un Pont, mais la Pointe…c’est en fait un Bac payant qui le remplace. Pas question de faire un détour jusqu’à Bordeaux pour rejoindre une ville côtière, beaucoup trop de route ! D’autant que nous n’avons pas rempli notre contrat dans cette ville. Demain, nous obtiendrons l’autorisation de jouer ! Merci Mathieu, par ta motivation et ton optimisme acharné, de nous avoir « convaincu » de jouer tout de meme ce soir-là, au seul emplacement électrique potentiel, près du superbe Méga-Peluche ! lool trop drôle tellement y avait personne à cette heure-ci et à cet endroit… Ce fut une journée bien moisie, faut le souligner !
4eme jour)
Ce quatrième jour, nous le savions, devait être consacré à un parcours du combattant administratif : obtenir le droit de jouer sur le front de mer, à un endroit rêvé, avec vue sur les voiliers et la plage….. En très gros ca donne ca : A la mairie : « On est un groupe de musique, on aimerait jouer sur le front de mer » « Faut aller voir à la gendarmerie, c’est eux qui donnent l’autorisation » A la gendarmerie : « On est un groupe de musique, on aimerait jouer sur le front de mer » « Impossible ; arrêté préfectoral ; amende ; dégagez de ma vue » A la mairie : « Ils sont d’accord à la gendarmerie, très enthousiastes » « Bon faut aller voir le service technique, voilà l’adresse » Au service technique : « Vous avez obtenu l’autorisation ?? » « Ben oui, téléphonez à la mairie, ils vous le confirmeront » Bref, cet optimiste de Mathieu a réussi à embrouiller tout le monde, à faire croire à tous que tous les autres étaient d’accord, c’est très fort. CLAP CLAP CLAP Ombre au tableau, il était trop tard pour obtenir cette autorisation le soir même, faut attendre le lendemain…Démotivation !! 2 jours de perdus….D’autant que vivre à l’arrache est une aventure très fatiguante, l’envie de rentrer commencait à poindre… On a pourtant réussi à se mettre d’accord pour rester, mais contre une compensation : « L’Esprit, on l’encule ! ». Sur ce, débauche de luxe pour nous : un véritable restaurant (aah on se souviendra tous de ce repas) et un camping ! (cette douche chaude fut la meilleure de ma vie) A ce stade du récit, il faut préciser que ce camping a été trouvé un peu par hazard, complétement en dehors de Royan, bien paumé à l’intérieur des terres, grâce aux explications hazardeuses d’une touriste…et pourtant…(en fait y avait même plus de place à notre arrivée, mais si Mathieu a appris quelque chose dans cette aventure, c’est bien à faire pitié.) Ce qui était moins terrible, c’était de dormir dans une tente avec Mike : gros ronflements, déplacements et retournements de masses, téléphone qui cuine par manque de batterie,….ca nous aura au moins obligés à Mathieu et moi de discuter en dehors de la tente pour pouvoir respirer ;-)
5eme jour)
Tôt le matin, recherche de ladite autorisation à la mairie : impossible, comme s’il ne s’était rien passé !!!!
En dernier recours, nous avons écrit une lettre à l’Adjoint au Maire sur le conseil de la secrétaire de Mairie de Royan qui nous avait à la bonne (à force…), et qui l’a fait passer en urgence ! Voilà une fille cool. Et ce jour-là, après notre toilette dans les chiottes du Leclerc, une ptite histoire trop stupide et dégradente pour qu'on la raconte sur le site à propos de cette abeille pendant qu’on pick-niquait, le sandwich sacrifié par le coup de pompe de Mat pour tuer le monstre, les tranches de poulet collées sous les grolles mais l’abeille rescapée et très enervée, les trois qui partent en courant et hurlant à l’autre bout du parking, Mat la main crispée sur le couteau suisse pour nous défendre au cas où, l’acte héroïque de Seb malgré le danger, la mort de la Bête, notre danse rituelle de la victoire autour de la charogne, ce qui entraîne l’explosion du paquet de chips à travers le parking après une crise de ras-le-bol, et tout ce spectacle affligeant pour les clients…Oui on était vraiment au bout du rouleau. Non, décidémment je raconterais pas ce passage.
En attendant, on a joué un peu sur notre place de camping (jamais j’oublierai ces jeunes qui croyaient qu’on étaient des professionnels lool) jusqu’à ce coup de fil positif qui nous a donné notre passeport pour jouer à cet endroit rêvé… Jouer en regardant l’océan……C’est sur cette sensation indescriptible que nous sommes rentrés en Alsace, riches d’une expérience non seulement musicale, mais surtout sociale.
Ce que nous avons appris :
que ca ne coûte rien de demander
à faire pitié
à embrouiller
à se débrouiller
que la vie à l’arrache c’est TRES dur
qu’être outrageusement optimiste ca rapporte
que pour gagner assez pour vivre faut jouer bien plus que 2-3heures par jour…snif…
Dernières pensées pour : les serveuses de bar qui nous autorisaient à nous brancher, le vieux chat du camping, les 2 personnes qui nous ont filé des billets, la laverie automatique de l'Elephant Bleu, les Musicos sympas, les employées de Mairie de Royan,...